Contre vents et marrée. Le patriarcat, mais pas que…
Écrire nos personnages dans leurs tentatives de sortie de leur état de sidération, et vous positionnez en tant que narrateur dans une poste omnisciente. Ce qui vous permettra de traiter le sujet plus profondément.
Le patriarcat au cinéma : Comment les plaintes de viol sont retournées contre les victimes à l’écran et dans la réalité
Dans le cinéma comme dans la vie réelle, le viol est un crime trop souvent relégué à la marge, minimisé ou même inversé en un acte où la victime devient accusée. Le patriarcat, système de domination masculine, joue un rôle majeur dans l’étouffement des voix des victimes de violences sexuelles, et cela se reflète largement à l’écran. Le septième art, en tant que miroir de nos sociétés, participe tantôt à renforcer ces stéréotypes, tantôt à les déconstruire. L’analyse de ce phénomène est cruciale, car le cinéma, puissant vecteur d'idées, contribue à façonner les mentalités autour du viol, du consentement et de la culpabilité.
Le retournement de l'accusation dans les films : Une dynamique récurrente
Le cinéma est un outil narratif puissant pour exposer les réalités sociales, mais il peut aussi reproduire les mécanismes d’oppression du patriarcat. L'un des moyens les plus insidieux par lesquels les victimes de viol sont réduites au silence, à la fois dans les films et dans la réalité, est le retournement de l’accusation. Ce processus se manifeste à plusieurs niveaux :
Culpabiliser la victime : Dans de nombreux films, la victime de viol se voit immédiatement confrontée à des questions sur son comportement : "Pourquoi était-elle habillée ainsi ?", "Pourquoi était-elle seule la nuit ?" Ces questions banales, mais destructrices, nourrissent l’idée que la victime est partiellement responsable de ce qui lui est arrivé. Cette dynamique est par exemple visible dans le film The Accused (1988), où le personnage de Sarah Tobias (Jodie Foster) est jugée aussi sévèrement que ses agresseurs en raison de son attitude jugée provocante.
Légitimer le doute sur la parole des victimes : Dans des films comme Gone Girl (2014), la manipulation des accusations de viol ou d’agression sexuelle devient un ressort narratif central. Amy, le personnage principal, met en scène de fausses accusations pour piéger son mari, renforçant ainsi l'idée que les femmes peuvent mentir sur les violences sexuelles pour se venger ou obtenir ce qu'elles veulent. Bien que ce film soit une fiction, ce type de représentation peut renforcer l'idée que les accusations de viol sont souvent exagérées ou fabriquées, ce qui perpétue le doute systématique autour de la parole des victimes dans la réalité.
Minimiser l'agression : Le cinéma mainstream, en particulier dans les comédies, a longtemps banalisé des comportements sexuels violents. Des scènes où le consentement est flou, voire absent, sont souvent traitées comme des malentendus plutôt que comme des agressions. Ce traitement légitime l’idée que certains viols ne sont "pas si graves". Des films comme American Pie (1999) ou Animal House (1978) tournent en dérision des situations où les femmes sont filmées à leur insu ou abusées en étant ivres, reléguant l'agression au statut de blague potache plutôt qu'à celui de crime.
Inverser les rôles de victime et d’agresseur : Un autre procédé commun dans les films consiste à peindre l’agresseur en victime, surtout lorsqu’il est un personnage charismatique ou influent. Dans Le Talentueux Mr. Ripley (1999), par exemple, la trame pousse presque à excuser les crimes de Tom Ripley, en tant que personnage perturbé, marginalisé et vulnérable, malgré ses actes de manipulation et de violence. Ce glissement narratif reflète une réalité où les agresseurs (souvent des hommes puissants) se présentent eux-mêmes comme les véritables victimes des accusations.
Le patriarcat à l’écran : un système qui étouffe la vérité
L’industrie du cinéma a été, et reste encore souvent, dominée par une perspective masculine. Dans ce contexte, la manière dont les histoires de viol et de violence sexuelle sont racontées à l’écran est profondément influencée par le patriarcat, qui tend à minimiser les violences subies par les femmes tout en protégeant les agresseurs.
1. Invisibilisation des violences sexuelles
Le viol a souvent été dépeint dans les films comme un ressort narratif secondaire ou utilisé pour ajouter du drame dans les arcs des personnages féminins. Mais rarement ces récits se concentrent-ils sur les réalités du traumatisme vécu par la victime. Cette approche reflète un mécanisme patriarcal : rendre invisible la douleur des victimes pour éviter de confronter le public à la brutalité des violences sexuelles.
Des films comme Elle (2016), bien que traitant du viol, continuent de présenter des récits où la complexité psychologique des personnages peut flirter avec des représentations ambivalentes du consentement et du pouvoir. Dans ce film, le viol du personnage principal, Michèle (interprétée par Isabelle Huppert), n’est pas seulement minimisé, mais s’inscrit dans une relation complexe où la frontière entre désir et agression est délibérément brouillée, renforçant une ambiguïté qui déresponsabilise partiellement l’agresseur.
2. Protection des agresseurs puissants
Des films et des séries centrés sur des figures puissantes, charismatiques et masculines mettent souvent en scène des agresseurs bénéficiant de la protection de leur statut. Un exemple emblématique est le film Sleepers (1996), où le viol de jeunes garçons dans un centre de détention est occulté pendant des années en raison du pouvoir de leurs agresseurs. Le système judiciaire et la société ferment les yeux sur ces crimes, et les victimes finissent souvent par être perçues comme des sources de désordre social lorsqu'elles décident de briser le silence.
Dans la réalité, ce mécanisme de protection s'est reflété de manière spectaculaire lors du scandale Harvey Weinstein, où un magnat d’Hollywood a pu pendant des décennies abuser de son pouvoir pour harceler et violer des femmes sans jamais être inquiété. De nombreuses victimes ont vu leurs carrières brisées après avoir osé le dénoncer, tandis que Weinstein a continué à prospérer, protégé par le silence complice de l’industrie.
Les conséquences pour les victimes à l'écran et dans la réalité
Le retournement de l'accusation de viol, qu’il soit représenté dans les films ou observé dans la réalité, a des conséquences graves pour les victimes :
La revictimisation : Le cinéma, en reflétant la réalité patriarcale, contribue parfois à renforcer la honte et la culpabilité ressenties par les victimes. Elles sont non seulement traumatisées par l'agression, mais aussi par la manière dont elles sont traitées par la société ou les institutions. Des films comme The Nightingale (2018), bien que violents et dérangeants, cherchent à déconstruire cette dynamique en exposant le chemin de douleur que les survivantes doivent parcourir.
Le silence forcé : Tout comme dans la réalité, la représentation du viol au cinéma peut dissuader les victimes de parler. Si le cinéma montre que la parole des victimes est systématiquement rejetée, minimisée ou discréditée, cela peut renforcer l’idée que dénoncer est inutile, voire dangereux. Cette dynamique a été brisée en partie par des récits plus récents, comme Promising Young Woman (2020), qui interroge la manière dont la société échoue à soutenir les victimes et à rendre justice.
Le cinéma peut-il briser le cycle ?
Si l'industrie du cinéma a longtemps contribué à la banalisation du viol et à la protection des agresseurs, elle peut aussi être un vecteur de changement. Des films et des documentaires récents tentent de renverser ces dynamiques en racontant des histoires qui placent la parole des victimes au centre et dénoncent le patriarcat systémique.
Des films comme Spotlight (2015), qui expose les abus sexuels au sein de l'Église catholique, ou Bombshell (2019), qui traite des accusations de harcèlement sexuel à Fox News, mettent en lumière la manière dont les puissants agresseurs peuvent être confrontés, et l’importance cruciale de croire les victimes.
Conclusion : Le cinéma comme outil de transformation sociale
Le patriarcat, qui cherche à retourner les plaintes de viol contre les victimes, trouve un écho puissant dans le cinéma. Mais le cinéma, avec son pouvoir de toucher les consciences et d’ouvrir des débats, peut aussi être l'un des instruments pour changer cette dynamique. En racontant des histoires honnêtes et empathiques sur les violences sexuelles et en donnant la voix aux survivantes, l'industrie cinématographique peut contribuer à briser le cycle du silence et de la culpabilisation.
Des récits plus inclusifs, où la parole des victimes est centrale et où la culture du viol est remise en question, peuvent transformer non seulement la manière dont le viol est perçu dans les films, mais aussi dans la société.
NB : La minorité oubliée à l’intérieur de la minorité – Les hommes victimes de viol par des femmes
Bien que les débats sur le viol et les violences sexuelles se concentrent principalement sur les femmes victimes d’agressions, il est important de rappeler qu’environ 10 % des viols sont commis par des femmes, souvent sur des hommes. Ces victimes constituent une minorité invisible au sein d'un sujet déjà stigmatisé. En raison de cette minorité, leurs voix sont souvent exclues du débat public, renforçant ainsi leur sentiment de honte et d'isolement.
Si on veut traiter un sujet dans son ensemble, cela doit être pris en compte quelque part dans le narratif. C’est ce que réussis très bien Nolwen dans le film Polisse en incluant aussi une scène où une mère est confrontée aux policiers suite attouchements sur son nouveau né - pour faire passé ses crises.
Ces hommes sont une minorité au sein de la minorité. Leur exclusion du discours sur les violences sexuelles reflète une norme patriarcale qui ne reconnaît pas pleinement leur souffrance, renforçant des stéréotypes toxiques sur la masculinité et le consentement.
Il est donc essentiel de considérer toutes les victimes de violences sexuelles, quelle que soit leur identité de genre ou celle de leur agresseur. La diversité des expériences doit être intégrée dans les récits, afin de créer un espace de reconnaissance et de soutien pour toutes les personnes touchées.
NB2: Dans chaque sujet traité, il est important de regarder le miroir de ce qui est dénoncé. L’enfant dit “c’est celui qui dit qui est”, le scénariste doit regarder celui qui dit: “il y a exclusion” et regarder ainsi qui est exclu de la sorte par cette dénonciation.
Non pas que la dénonciation est calomnieuse, mais bien parce que dans les biais cognitifs, il y a une sorte d’habitude, on n’est pas omniscient lors de nos dénonciations. Lorsqu’on écrit, il est préférable d’avoir une écriture omnisciente, il est nécessaire que notre récit prennent en compte les choses oubliés par le narratif d’une seule personne.
Pour ce qui est du débat des viols dans les médias, le but n’est pas de compléter le discours d’une victime par une interview, Les médias sont en état de sidération vis à vis du sujet. Ils manquent cruellement d’empathie et d’omniscience, ce qui ne leur permet pas de résoudre l’insoluble question du malaise de société.
Ce qui par contre peut être résolut dans un film ou dans un livre, car vous aurez l’opportunité ici de traiter le sujet selon votre vision, en ajoutant le narratif habituel des antagonistes, et bien sûr, en prenant en compte la complexité de la chose via la notification, même minimale, de l’exclusion dans l’immense océan de tentative de reconnaissance.